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Les enseignants rallient les élus à leur cause

Par Ann Bouard
28 March 2025

Après un premier mouvement de grève la semaine dernière, mardi matin, plusieurs écoles élémentaires sont restées fermées et une quarantaine d’enseignants et de parents d’élèves se sont rendus à la Collectivité. En cause, la suppression de postes dans l’Académie et des classes toujours plus surchargées.

La baisse démographique dans les territoires ultramarins a pour première conséquence une réduction des effectifs dans les établissements scolaires. En Guadeloupe, où le mouvement de protestation était très suivi, ce sont plus de 80 postes qui vont être supprimés. 

Huit suppressions de poste à Saint-Martin

Si la suppression d’un poste à l’école Eliane Clarke a finalement été annulée, les écoles Aline Hanson, Jérôme Beaupère, Émile Choisy, Clair St Maximin et Hervé Williams, elles, se verront bien amputées d’un poste chacune. Mardi matin, les enseignants du premier degré étaient donc les plus mobilisés. Outre ces suppressions, leurs revendications portent également sur les effectifs dans les classes. Dans le second degré, la problématique est la même sur ce dernier point et le collège Roche Gravée de Moho à Quartier d’Orléans va se voir lui aussi privé de trois postes.
Les modalités de calcul qui conduisent à ces décisions sont purement démographiques et ne tiennent pas compte des particularités des territoires ni des besoins spécifiques des élèves. Toutes les écoles de Saint-Martin devraient être classées en zone REP+, ce qui permettrait de contourner ces aléas, mais tel n’est pas le cas. À ce jour, celles de Sandy Ground sont en REP et celles de Quartier d’Orléans sont en REP+, tout simplement parce que, condition sine qua non, le collège Roche Gravée de Moho est en REP+. Trois écoles, celles de Grand Case n’entrent pas dans le dispositif. Les enseignants alertent sur le fait que ce sont les élèves rencontrant le plus de difficultés qui vont en pâtir.

Des spécificités gommées

Tout comme leurs homologues guadeloupéens, les enseignants de Saint-Martin souhaitaient obtenir le soutien des élus pour que leurs voix soient portées au-delà du territoire, jusque dans les ministères. Mardi en fin de matinée, leurs représentants syndicaux ont été reçus à la Collectivité par la 3e vice-présidente en charge de l’éducation, Dominique Democrite Louisy, qui connaît bien la problématique ayant été elle-même enseignante et syndicaliste. À l’issue de la réunion, les syndicalistes se sont déclarés satisfaits d’avoir pu aborder toutes les spécificités de l’enseignement sur le territoire (manque de remplaçants, bilinguisme, etc) et surtout de l’engagement de la Collectivité, formalisé le jour même dans un communiqué : « Il est urgent d’agir au bénéfice des enfants de Saint-Martin. Avoir un nombre d’enfants par classe acceptable et des conditions d’apprentissage dignes pour nos élèves. Nous demandons depuis longtemps que nos spécificités linguistiques soient prises en compte et que nos jeunes puissent bénéficier d’un enseignement français/anglais jusqu’en 3e ».  La Collectivité va donc demander une révision des décisions annoncées et appelle à l’ouverture d’un dialogue constructif avec les services de l’État et de l’Éducation nationale.
Les enseignants ont par ailleurs demandé à ce qu’une mission ministérielle soit dépêchée à Saint-Martin pour prendre en compte les spécificités de l’enseignement sur le territoire.
Le même jour, un communiqué commun du député et de la sénatrice était diffusé et va lui aussi dans le sens des attentes des enseignants. Il stipule qu’ils s’associent  « aux élus de la Guadeloupe qui soutiennent l’intersyndicale de l’Éducation nationale et les fédérations de parents d’élèves dans leur demande au gouvernement de revenir sur la décision de supprimer 89 postes dans l’académie ».
Annick Pétrus et Frantz Gumbs soulignent les conséquences inévitables que cela va engendrer sur un territoire déjà confronté à des difficultés récurrentes en matière de pénurie d’enseignants… L’autre point soulevé est l’incidence que cela aura sur l’enseignement même, Saint-Martin étant en bas des classements en matière de résultats scolaires. Les deux parlementaires posent la question de savoir si « la justification avancée repose sur une baisse démographique permettant une amélioration du taux d’encadrement, pourquoi ne pas plutôt saisir cette opportunité pour renforcer la réussite des élèves, notamment là où les indicateurs scolaires restent alarmants, comme à Saint-Martin ? ».
Dans l’attente, les syndicats ont annoncé suspendre leurs mouvements de grève.

Ann Bouard