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Violences intrafamiliales, le quotidien du tribunal

Par La rédaction
17 Mars 2025

Jeudi dernier‭, ‬plusieurs accusés étaient appelés à la barre pour répondre de violences intrafamiliales‭. ‬Des affaires complexes à‭ ‬traiter pour la Présidente du tribunal de proximité de Saint-Martin‭, ‬avec un procureur de la République très pugnace en matière‭ ‬de défense des droits des femmes‭...‬

Deux versions contradictoires, mais une situation de faiblesse pour la victime présumée

Un couple, d’origine haïtienne, jugé à la fois comme auteurs et victimes, a dû s’expliquer à la barre pour des faits commis devant leur fille mineure, visiblement choquée par la violence de la scène qui s’est produite le 4 février 2024 à leur domicile. « Le couple s’accuse mutuellement de violences et nous assistons à deux versions contradictoires » déclare le Procureur de la République.
Madame argumente que son compagnon la poursuivait le jour des faits dans la maison en lui lançant des bouteilles d’alcool, la maintenant prisonnière, la menaçant de la tuer avec sa pratique du vaudou... Acculée, elle aurait été obligée de lui donner un coup de marteau au coude pour se défendre selon ses propres dires. Monsieur, de son côté, se plaignant d’être incapable d’exercer son activité d’éleveur depuis la fameuse riposte du coup de marteau, tente de se justifier : « je voulais qu’elle parte de la maison, car elle ne m’obéissait pas ». Sa femme répond à la Présidente en pleurs : 
« il m’interdisait d’avoir la moindre relation amicale à l’extérieur alors que lui ne se gênait pas pour ramener des femmes à la maison ».
Le Procureur de la République reconnaît la réciprocité des violences conjugales, soulignant la dépendance économique et psychologique de la victime présumée (il refuse de l’aider à renouveler son titre de séjour), mais également l’usage du marteau par Madame sur son compagnon, un geste jugé quelque peu disproportionné.
La Présidente, après avoir écouté les deux parties et leur conseil, les a condamnés tous les deux à deux mois d’emprisonnement assorti d’un sursis pendant une période de cinq ans et à un stage de prévention contre les violences sexistes à leurs frais, se réjouissant pour la tranquillité des enfants que Madame  ait pu quitter le domicile le 4 février avec l’aide d’une association de défense des femmes.

Des violences pour refus du devoir conjugal 

Un autre accusé de violences conjugales, un retraité de 78 ans, était appelé lui aussi à la barre pour étranglements et morsures sur sa conjointe le 18 juin 2024 devant leurs deux très jeunes enfants âgés de 19 mois et trois ans à l’époque des faits.
Ce dernier aurait été visiblement mécontent que sa jeune femme (qui n’était pas présente à l’audience, mais était représentée par son avocate) rencontrée en Haïti, ne souhaite plus honorer son devoir conjugal. L’auteur présumé se serait alors montré grossier et violent envers elle. Le Procureur de la République demande au prévenu de s’expliquer sur les propos tenus lors de l’audition avec les gendarmes pour justifier son acte : « la plupart des femmes, c’est un problème maintenant ».
Le prévenu déclare qu’il ne se souvient pas avoir dit cela, ce qui amuse l’assistance. L’avocate de la plaignante précise que sa cliente était régulièrement victime de violences physiques, psychologiques et sexuelles. L’avocate de l’accusé argumente que l’homme était un vieux monsieur confronté à une jeune femme en pleine possession de ses moyens, qui ne s’est pas présentée à l’audience.
Le procureur précise que les éléments médicaux d’étranglement et de morsure ont été clairement établis et que l’absence de la victime pouvait signifier une peur d’être confrontée au prévenu, même âgé de 78 ans.
La présidente a tranché en condamnant Monsieur à trois mois d’emprisonnement avec sursis, assorti d’un stage de responsabilisation contre les violences sexistes et des dommages et intérêts à verser à l’épouse « peu docile ».

La rédaction