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Harcèlement au travail teinté de propos sexistes et xénophobes

Par La rédaction
20 Mars 2025

Monsieur F était appelé à la barre jeudi pour s’expliquer devant le tribunal des faits de harcèlement moral sur une de ses collègues durant deux ans‭.‬

La présidente du tribunal a rappelé que les propos ou comportements répétés ont pour effet une dégradation des conditions de travail de la victime présumée pouvant porter atteinte à ses droits, à sa dignité, à sa santé et à son avenir professionnel.

Une victime brillante et courageuse

La victime présumée, une jeune femme brillante, originaire de Guadeloupe (détail important dans l’affaire !) occupait le poste d’aménagement du territoire à la Collectivité depuis 2017. L’auteur des faits présumés y exerçait depuis 20 ans en qualité d’agent territorial d’accueil. Il aurait, selon les déclarations de la victime dans sa plainte, colporté des rumeurs sur son lieu de travail remettant en cause la légitimité d’octroi de son poste, tenant des propos sexistes, et aurait déploré auprès d’autres collègues que «c’est une Guadeloupéenne, pas une Saint-Martinoise, elle va vendre l’île aux étrangers», recourant pour se faire au « tchip » (élément de langage non verbal dédaigneux). Il l’aurait également menacée de mort, elle et ses enfants, la qualifiant de diable. 

Une victime qualifiée de menteuse par l’auteur présumé

À l’énoncé du chef d’inculpation, Monsieur F qualifie la victime de menteuse, arguant d’une carrière irréprochable, et qu’il ne serait pas raciste puisque marié à une femme originaire d’une autre île et non misogyne, car il a des filles.
À la barre, la victime indique : «je suis une femme, originaire de la Guadeloupe et j’ai réussi ma vie professionnelle». Quand la présidente lui demande si elle a songé à repartir, elle s’exprime avec détermination : «je suis à Saint-Martin depuis 24 ans, je me sens chez-moi sur cette île avec mes enfants que j’ai élevés en étudiant, passant des concours pour obtenir ce poste à responsabilités à la Collectivité». «Il montait la tête aux usagers par rapport à des décisions que je prenais mais cela n’a pas fonctionné car j’en ai parlé à sa supérieure hiérarchique et j’ai porté plainte pour qu’il cesse ces agissements». Son avocate produit un certificat médical évoquant un état de stress post-traumatique avec un effondrement thymique important et une perte de poids en rapport avec les faits. Elle la décrit comme une femme brisée, mais courageuse d’avoir porté plainte en dépit des menaces. Elle précise que le prévenu aurait déjà eu un comportement similaire avec d’autres femmes (qui se seraient confiées à sa cliente sans avoir le courage de déposer plainte), avec harcèlement sexuel en plus du harcèlement moral. Elle qualifie les faits dont est accusé Monsieur F de misogynes, xénophobes et lâches ayant sérieusement porté atteinte physiquement et moralement à sa cliente.

L’auteur des faits condamné 

Le ministère public a qualifié ce harcèlement, exercé par une personne n’ayant pas autorité sur l’autre, d’inhabituel, mais de fait pas si rare sur ces petits territoires ultra-marins. Arguant que les propos sexistes et racistes ne devaient pas avoir leur place au sein de la fonction publique, il a demandé 6 mois d’emprisonnement avec sursis et 3 mois d’inéligibilité pour l’auteur des faits.
Le tribunal a suivi ses réquisitions et a condamné Monsieur F (qui a sollicité depuis une rupture conventionnelle à son employeur), à verser 5000 € de dommages et intérêts à la victime et 2500 € pour les frais de justice. Ce procès fera peut-être réfléchir celui ou celle qui aurait la langue bien affutée à propos de l’un de ses collègues... 

La rédaction